Interview #01 – Phillipe

Première Interview, Philippe est un joueur passionné de jeux de rythmes et plus précisément de pop’n music dont il est un joueur actif de la communauté française. (Je parlerais bientôt de ce jeu dans un historique des jeux musicaux).

Pop’n music est un jeu de la série Bemani (Konami) caractérisé par un design très coloré, beaucoup d’humour et des phases de jeux allant d’un niveau très simple à quasi impossible.

J’en profite pour ouvrir une page « Lexique » dans laquelle seront expliqués tous les mots pointus.

Jérémie Biron : Bonjour Philippe, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Philippe : Hmm, alors j’ai 22 ans, je bosse dans l’informatique et j’ai atterri dans les jeux vidéos un triste jour de mai en 1991. Pour les jeux musicaux, la tragédie est plus récente et remonte à l’hiver 2006. Depuis, j’ai eu l’occasion de toucher à pas mal de jeux, mais je suis principalement un joueur de Pop’n Music.

JB : Très bien, alors justement, parles moi de ce qui t’a attiré dans l’univers des jeux de rythmes.

P : A l’origine, j’étais chez un ami en train de jouer à Guilty Gear (un jeu de baston qui m’a occupé un certain temps aussi), et j’ai eu l’occasion d’essayer tout à fait par hasard Gitaroo Man, qui a été mon premier jeu musical. Suite à ça, j’ai fait l’acquisition de Guitar Hero, sur lesquels j’ai fait mes dents. Quelques mois plus tard, j’ai fait la connaissance de Mol (un autre joueur de pop’n music – ndlr), qui m’a baptisé à Pop’n Music et à DDR (Dance Dance Revolution – Jeu de danse). Le reste est venu naturellement, avec un amour grandissant pour ce type de jeux.

JB : Guitar Hero s’est vendu à plus de 25 millions d’exemplaire depuis sa création. Que penses-tu de cette nouvelle vague de jeux américains et européens qui font un carton actuellement et qui sont de plus en plus nombreux ? (rapellons que DJ hero sort dans quelques semaines)

P : Je suis incliné à en penser du bien, dans la mesure où Guitar Hero a sans aucun doute aidé à rendre ce genre de jeux plus populaire qu’avant. Si 1% des personnes qui y ont joué s’intéressent de plus près à d’autres jeux, typiquement ceux issus de Bemani, alors je peux être reconnaissant à Guitar Hero. Concernant le jeu Guitar Hero en lui-même, je ne l’aime plus du tout, notamment pour la longueur des chansons, le système de scoring ou l’absence de précision sur le notes. De là à faire une distinction entre « jeux pour tous » et « jeux pour initiés », je ne me lancerai pas, mais il y a certainement un fossé entre deux écoles aujourd’hui.

JB : En quelques sortes Guitar Hero est un jeu adapté aux joueurs « casuals » alors que les séries bemani-konami sont plus déstinés aux joueurs acharnés ?

P : Je n’irai pas jusque là. A partir du moment où un joueur apprécie le genre « jeu musical », il peut a priori apprécier n’importe quel jeu. Le choix entre ceux qu’il aime et ceux qu’il n’aime pas se fera sur la base de critères personnels, par exemple ceux que j’ai évoqué pour Guitar Hero. Le jeu musical est bien un genre qui autorise à jouer de manière « casual » (au sens ponctuel) et à ce niveau là, je ne distingue pas Guitar Hero des Bemani.

JB : Comment expliquerais-tu le fait que les jeux bemani tardent à s’importer sur les marchés Occidentaux alors qu’ils connaissent un franc succès en Asie ? ( Et vis versa pour Guitar Hero )

P : Simplement, je pense qu’avant l’essor de Guitar Hero, Konami n’a pas décelé sur les marchés occidentaux une niche de joueurs suffisamment développée pour rentabiliser une localisation de leurs jeux. Si les écarts ont tendance à se réduire légèrement aujourd’hui, le Japon continue de produire quantité de jeux qui ne seraient pas adapté au marché occidental (visual novel, simulations de paris hippiques, …), ou du moins qui ne susciteraient pas assez de gains pour un éditeur. Konami a probablement classé les jeux musicaux dans cette catégorie. D’autant que leur succès en Asie est fortement liée à leur présence en salles d’arcade, phénomène quasi-inexistant dans l’hexagone.

JB : Revenons un peu sur le jeu en lui-même. Tu dis fortement apprécier « pop’n music ». Qu’est-ce qui te plait dans ce genre de jeu ?

P : Je suis notoirement mauvais pour expliquer ce que j’aime dans un jeu, c’est plus facile dans l’autre sens. Si je devais faire une tentative, je pense que ce serait une combinaison de la songlist variée, du pad évidemment, des charts qui sont de plus en plus amusants à jouer avec la progression de la série et de la courbe de progression qui permet à tout moment de s’amuser dans le jeu, qu’on débute ou qu’on soit déjà un joueur confirmé.

JB : Penses-tu, (comme dans pop’n music) que le fait d’interagir avec la musique apporte une source de plaisir de jeu supplémentaire ?

P : Oui. Je ne sais pas si cela est un trait important pour tout le monde, mais pour ma part, je sais que j’apprécierais moins le jeu si la façon de jouer n’avait aucun impact sur la musique produite.

JB : Si cela pouvait dépendre de toi, comment envisagerais-tu le futur de l’interaction musicale dans le jeu vidéo ?

P : En termes de plaisir de jeu, les possibilités actuelles me procurent déjà un très grand plaisir de jeu. Je ne suis pas sûr qu’une modification au niveau de l’interaction se traduise forcément par une amélioration de ce plaisir de jeu, donc je ne pourrai pas me prononcer. D’autant que cela peut compliquer leur diffusion. Un jeu comme jubeat, par exemple, s’il est très séduisant dans son concept (et apparemment dans le plaisir de jeu), ne sortira jamais de l’archipel nippon. En revanche, sans parler de l’avenir de l’interaction musicale dans le jeu vidéo, je trouve des jeux comme Keyboardmania ou Drummania intéressants, car les charts deviennent une partition et permettent à quelqu’un de progresser sur un instrument de musique réel.

JB : Les jeux vidéos au secours de l’apprentissage de la musique ?

P : Je ne dirais pas « au secours », puisqu’il ne me semble pas que l’apprentissage de la musique soit en train de péricliter. En revanche, ils pourraient apporter une autre vision et proposer une approche différente, plus ludique, à l’apprentissage de la musique. Mais cette approche ne serait pas nécessairement destinée à tout le monde pour autant, il faudrait d’abord apprécier le concept de jeu musical.

JB : Et bien je crois qu’on a fait le tour. Quelque chose à ajouter ?

P : Cheval.

JB : Merci alors ! Et n’hésite pas à venir suivre le blog si tu as des choses à rajouter.

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